• 05. Travail sur la pièce de théâtre "La robe de Gulnara" en lien avec mon cours de techniques en jeu jeu théâtral

     

          Le présent travail porte sur mes observations et inspirations personnelles que j’ai faites lorsque j’ai assisté à la pièce «La robe de Gulnara», une coproduction du Théâtre I.N.K., de la Compagnie dramatique du Québec et du Théâtre de la Bordée qui était présentée par le Théâtre La Rubrique au centre culturel du Mont-Jacob à Jonquière le 25 octobre 2011. J’aimerais surtout parler de certaines techniques de jeu théâtral intéressantes que j’ai pu observer. Avant d’aller plus en détail, j’aimerais faire la remarque que j’ai ajouté trois articles ou reportages en annexe de ce petit travail. Il s’agit de deux articles sur les pièces de théâtre «La robe de Gulnara» et «L’Hôtel du libre échange» que j’ai pu écrire pour le journal étudiant de l’Université du Québec à Chicoutimi qui est le Griffonnier et ensuite d’un reportage sur l’art théâtral au Saguenay durant cet automne 2011 que j’ai rédigé pour le blogue officiel de l’UQAC. Veuillez noter que ce sont mes versions personnelles et que certains passages de ces trois textes ont subi de légères modifications et coupures effectuées de la part de la rédactrice en chef du journal et de l’administratrice du blogue qui sont hors de mon contrôle. Vu que tous les trois textes évoquent largement les synopsis et les détails techniques de ces deux pièces, je vais me concentrer sur mes observations personnelles pour ce travail-ci.

                En ce qui concerne maintenant «La robe de Gulnara», cette pièce de soixante-quinze minutes a commencé avec une surprise. Au début, lorsque le rideau s’ouvre, la scène est sombre. Mis à part quelques sons subtils de musique folklorique, c’est le silence pendant plusieurs minutes. Le comédien Sasha Samar dans le rôle de «Balaja» qui apparaissait tranquillement sur scène et s’adressait au publique comme s’il racontait sa vie à un journaliste ou à des experts durant une conférence semblait briser trois tabous dès le début. Il semblait contredire trois affaires que j’avais apprises du théâtre au courant de mon cours en techniques de jeu théâtral cette année.

    Premièrement, on ne comprenait pas bien le contexte, la mise en scène, le sens de l’ouverture. Le comédien n’introduisait pas de quoi la pièce parlait tout de suite et se passait d’une ouverture dynamique et théâtrale.

    Deuxièmement, il était très loin du public, souvent en arrière des décors principaux et il était peu visible pendant certains moments. Il se promenait très lentement et on voulait nous donner l’impression que ses actions étaient aléatoires dans leur déroulement, mais néanmoins des petits gestes bien précis ce qui créait un contraste particulier. De temps en temps, ce comédien avait même le dos tourné vers le public ou le visage face au sol.

    Troisièmement, il se mettait finalement à murmurer en russe, pas très fort et d’une voix triste et presque sacrale en même temps. De temps en temps, on perdait même quelques petits mots. Il ne traduisait ses pensées que quelques instants après en un parfait français. Cet élément stylistique revenait d’ailleurs à plusieurs reprises dans la pièce. Ce n’est qu’après cette introduction particulière que l’action principale de la pièce débutait. On voyait apparaître d’autres comédiens dans les décors.

    Même si la pièce semblait alors être peu orthodoxe et quelque peu expérimentale dès ses premiers instants, ces trois effets provoquaient un effet bénéfique pour la pièce. L’introduction sombre, calme et lente mettait les spectateurs dans une ambiance mystérieuse, nostalgique et triste qui soulignait le destin fatal d’un peuple minoritaire qui nous est étranger, mais qui est en même temps si universel et humain que l’histoire aurait pu se passer dans n’importe quelle société. Les paroles en russe créaient une sorte d’authenticité et de crédibilité exotique sans semer de la confusion parmi les spectateurs. Le ton de la voix, les gestes subtiles et quelques petites traductions encadraient bien ces paroles que l’on comprenait alors même si on ne parlait pas le russe. Le contexte était celui de la fermeture et de l’ouverture d’un cercle: Le personnage de Balaja revient sur les lieux qui l’ont vu naître. Les objets reprennent leur sens sous sa direction subtile. Dans les décors déprimants, à travers le jeu de lumière sombre, à travers les paroles russes minimalistes rayonne malgré tout un signe d’espoir qui est la beauté de la survie de Balaja. Cette introduction préparait alors de la manière la plus complète les spectateurs à ce dont ils pouvaient s’attendre durant les prochaines soixante-quinze minutes.

    Les prochaines mises en scène étaient tout aussi particulières. On voyait des comédiens québécois habillés en robes traditionnelles du Moyen-Orient. On remarquait également les contrastes entre l’âge des comédiens et leurs personnages respectifs: le rôle principal de la joyeuse et naïve Mika, âgée de treize ans est interprété par la comédienne Marilyn Perreault qui est dans la jeune trentaine tandis que le personnage de la vieille Soviet âgée autour de ses quatre-vingt ans est interprété par Nancy Bernier qui est encore au début de sa quarantaine. Un troisième facteur remarquable était aussi que plusieurs comédiens jouaient deux rôles différents dans la pièce: Jack Robitaille incarnait ainsi les rôles du père de Mika et Gulnara portant le nom de Kazimov et du marchant sans scrupules portant le nom de Javanshi. La relation entre ces deux personnages dans la pièce est particulière intéressante et d’une méfiance se développe une haine passionnée et enfin une résignation fataliste.    

    Normalement, ce genre de mise en contexte semble être plutôt amusant et théâtral. On pourrait penser à des éléments du vaudeville ou de la commedia dell’arte. Mais ce qui surprenait encore plus était que ces éléments créaient encore une fois un effet bien particulier. Les comédiens portaient leurs robes comme s’ils les portaient aisément dans leurs vies de tous les jours. On avait facilement l’impression qu’il y avait vraiment une fille de treize ans et une vieille femme de quatre-vingt ans sur la scène. Le fait que plusieurs comédiens incarnaient de différents rôles n’apparaissait qu’au second regard bien précis et cela n’avait aucune influence sur le dynamisme de la pièce et sur le contenu mélodramatique et sérieux de la pièce de théâtre. Encore une fois, la mise en scène convainquait les spectateurs avec beaucoup de réalisme et de crédibilité.

    La fin de la pièce nous menait à un des moments les plus forts de la pièce. Même si la fin était depuis longtemps prévisible, cela n’affectait guère les effets émotionnels que la pièce évoquait. Le publique était ému et j’ai vu des larmes dans les yeux de plusieurs spectateurs. C’est encore une fois grâce à une performance crédible des comédiens que le publique ait pu s’attacher à des personnages inconnus d’une culture étrangère en la courte durée de soixante-quinze minutes. Le publique était touché et sous le choc malgré que la pièce nous préparait dès le début à une fin lourde.

    Cette pièce était pour moi une démonstration de la puissance du théâtre. Si le comédien ou la comédienne à confiance en lui ou en elle, on peut faire croire et rendre crédible quasiment n’importe quoi aux spectateurs. C’est là où le théâtre est plus fort que la littérature ou le cinéma. On sait que ce qu’on voit n’est pas réel et on voit les comédiens nus devant nous sans une chance de souligner leur performance par des détails narratifs, des reprises de séquences ou des effets spéciaux ajoutés à une postproduction. Mais c’est par le biais de cette simplicité que le théâtre devient si réel et humain et qu’il n’a toujours pas perdu son charme et sa place parmi les technologies et les différentes formes de divertissements modernes.

    Enfin, j’ai compris avec cette pièce que ce n’est pas en suivant une idéologie ou en respectant des corsets serrés de règlements stylistiques que le théâtre devient parfait, mais par son authenticité et son courage. Des fois, des éléments les plus étranges à première vue peuvent ajouter la petite touche de génie à la pièce qui la rend hors paire. Le théâtre nous offre une panoplie d’interprétations et d’expérimentations. Avant de voir cette pièce, je préférais toujours les mises en scènes qui étaient proches des pièces originales. J’aimais les pièces où chaque comédien jouait un seul rôle différent. J’aimais les pièces qui avaient des décors somptueux qui changeaient entre les différents actes. J’aimais des pièces dynamiques sans passages narratifs qui nous sortaient de la magie de la pièce. En voyant maintenant une pièce où certains comédiens incarnent plusieurs rôles, où les décors ne changent pas et sont plutôt simplistes et où des passages narratifs et des anachronismes étaient fréquents, j’ai découvert et appris à apprécier une nouvelle facette du théâtre que je ne pensais pas tant aimer et qui était contraire à ce que j’avais appris, joué et vu jusqu’à ce moment-là. Bref, j’ai ouvert mes horizons et appris de nouvelles choses en assistant à cette pièce.

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