• 34. Le 175ème anniversaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean (25/06/13)

    Comme vous avez peut-être déjà entendu parler, le Saguenay–Lac-Saint-Jean fête ses 175 ans cet été. Pour souligner cet événement, une riche programmation est offerte dont vous pouvez prendre connaissance sur le site officiel suivant: http://fete175slsj.ca

    Cet article a pour but de jeter un court regard sur l’histoire intrigante de cette région qui avait d’abord été occupée par les Amérindiens avant de devenir un royaume pour les commerçants de fourrure et enfin une terre colonisée à partir de 1838.

    Nous savons définitivement que les premiers habitants de l’Amérique sont arrivés de l’Asie orientale par le pont terrestre de la Béringie il y a environ 12,000 ans. Ces habitants ont progressivement peuplé l’entier continent américain et sont devenus ce qu’on appelle de nos jours les Amérindiens ou encore les Premières Nations.

    Il est à peu près certain aujourd’hui que la découverte de la Terre de Baffin («Helluland» ou «la terre des pierres plates»), du Labrador («Markland» ou «la terre des forêts») et le nord de Terre-Neuve («Vinland» ou «la terre des vignes») par les Vikings a eu lieu autour de l’an 1000. Des fouilles archéologiques à l’Anse-aux-Meadows semblent prouver qu’un village scandinave s’est déjà trouvé au nord de Terre-Neuve.

    D’un autre côté, la thèse controversée que la flotte d’environ 70 navires et 30,000 hommes de l’empereur chinois Zheng He (1371-1433) aurait découverte les Antilles, la côte ouest de l’Amérique et les eaux froides de l’Antarctique ainsi que l’Australie manque encore de preuves et est souvent rejetée par la communauté historique.

    La découverte la plus documentée et populaire de l’Amérique est sans aucun doute celle du navigateur italien Christophe Colomb. Celui-ci était parti pour la couronne espagnole afin de trouver un chemin maritime occidental vers les Indes orientales. Le 12 octobre 1492, les trois navires sous son commandement accostent sur une île en Amérique centrale qu’ils croient être une île faisant partie de l’archipel nippon. On baptise l’île «San Salvador» au nom du Christ et entre en contact avec les Premières Nations que Christophe Colomb confond avec les «Indiens». Durant les mois et années suivantes, Christophe Colomb commence à découvrir Cuba et le Venezuela entre autres, mais son expédition demeure un échec car il trouve peu de ressources naturelles dont la couronne espagnole avait besoin. Jusqu’à la fin de ses jours, il ne se rend pas compte qu’il avait en fait découvert un nouveau continent et est convaincu d’avoir fait quatre voyages en Asie. C’est aussi le cas pour plusieurs explorateurs portugais qui ont concurrencé l’expédition espagnole pour trouver à leur tour un chemin vers les Indes orientales et qui ont plutôt découvert le Brésil. Au nom de la couronne anglaise, c’est le navigateur italien Jean Cabot qui atteint Terre-Neuve en 1497. Le premier navigateur à penser que les nouvelles terres découvertes faisaient partie d’un nouveau continent et non de l’Asie est l’italien Amerigo Vespucci. Inspiré des récits de ce navigateur italien, le cartographe allemand Martin Waldseemüller est le premier à attribuer le nom d’Amérique, inspiré par le prénom de Vespucci, au nouveau continent.

    D’autres nations commencent à envoyer des navigateurs vers les nouvelles terres et en 1534 c’est le navigateur français Jacques Cartier qui découvre le golfe Saint-Laurent et prend possessions des terres aux alentours au nom de la couronne française. Lors d’un deuxième voyage, Jacques Cartier découvre le village amérindien «Hochelaga» qu’il nomme «Mont Royal» et le village amérindien «Stadaconé» qui est aujourd’hui la ville de Québec. Lors d’un troisième voyage lors duquel il entend aussi parler d’un légendaire «Royaume du Saguenay» par plusieurs Amérindiens, il fait le tour du fleuve Saint-Laurent et pense avoir trouvé des diamants et de l’or, mais ce ne sont que de la pyrite et du quartz. Après l’échec de cette découverte, la couronne française colonise très peu les nouvelles terres et au fil des siècles à venir, ce sont surtout les colons anglais et plus tard américains après la guerre d’indépendance des États-Unis en raison des mécontentements des colons anglais face à la gestion d’exploitation de la couronne anglaise qui vont occuper en grandes parties l’Amérique du Nord tandis que les colons espagnols s’accaparent en grandes parties l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale.

    Proche du Saguenay-Lac-Saint-Jean, la couronne française autorise la mise en place d’un poste de traite à Tadoussac qui est officiellement créé en 1600 par Pierre de Chauvin, Sieur de Tonnetuit et François Dupont-Gravé. Ce poste sert principalement à échanger des fourrures avec les peuples amérindiens. Avec la fondation de la ville de Québec en 1608, de Trois-Rivières en 1634 et de Montréal en 1642, la couronne française installe des établissements permanents sur le territoire du Québec et entre fréquemment en conflits avec plusieurs peuples amérindiens, la couronne britannique et même les colons américains.

    En 1641, une mission des Jésuites prévoit christianiser les Premières Nations du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le 16 juillet 1647, c’est le père Jean Dequen qui est le premier Blanc à parvenir jusqu’au lac Piekouagami qu’il rebaptise lac Saint-Jean. L’arrivée plus massive des marchands, militaires et religieux français crée des conflits avec le peuple amérindien des Iroquois, qui brûlent le poste de traite de Tadoussac en 1661. Mais les colons français sont bien supérieurs aux Premières Nations au niveau technique et poursuivent leurs conquêtes et découvertes. Les navigateurs français décident de créer une chapelle à un endroit qui est facile à naviguer et qui marque le début des portages dans la région. Ils appellent ce lieu Chicoutimi dès 1661 et y installent ladite chapelle en 1676. Une autre chapelle est construite à Métabetchouan qui est un autre poste de traite au Lac-Saint-Jean.

    Les nombreuses guerres du dix-huitième siècle entre la couronne anglaise et française et l’émergence des États-Unis d’Amérique empêchent en quelque sorte une découverte et colonisation plus poussée du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Un vaisseau de guerre anglais jette l’ancre devant le poste de traite de Chicoutimi et saisit l’ensemble des fourrures à titre de butin de guerre en 1759. Afin de se défendre, les colons français construisent des poudrières au Lac-Saint-Jean en 1770, mais les conflits entre les couronnes britannique et française se déroulent plutôt dans les municipalités grandissantes au sud du Québec et notamment dans la ville de Québec où les Français perdent la guerre contre les Anglais.

    Ce n’est qu’en 1826 que la Chambre d’Assemblée du Bas-Canada prévoit une exploration complète et définitive du Saguenay. Plusieurs habitants de la région de Charlevoix, plus précisément à La Malbaie, demandent également l’ouverture du Saguenay à la colonisation en 1829. En créant à La Malbaie la Société des Pinières du Saguenay en 1837, mieux connue sous le nom de la société des Vingt-et-Un, les idées de colonisation et d’exploitation se concrétisent.

    Le peuplement du Saguenay–Lac-Saint-Jean commence alors définitivement en 1838. Cette année est donc devenue la date de naissance du Saguenay–Lac-Saint-Jean, il y a maintenant 175 ans. Les travailleurs de la Société des Pinières du Saguenay débarquent à l’Anse-Saint-Jean et à Grande-Baie. Le peuplement de la région se fait de l’est vers l’ouest. Chicoutimi est officiellement fondé en 1842, Jonquière en 1847, Roberval en 1855, Saint-Félicien en 1865 et (Saint-Joseph d’) Alma en 1867. L’exploitation forestière est bientôt contrôlée par l’homme d’affaires britannique William Price. Malgré l’exploitation des ressources et de la population locale (qui est très peu payée et rapidement dépendante de l’homme sans scrupules) et la mort nébuleuse de son associé Peter McLeod junior, on appelle William Price aujourd’hui le «Père du Saguenay». Après avoir créé un grand empire économique, il s’associe à ses trois fils qui héritent ce qui va devenir la «Price Brothers and Company» en 1867. Consécutivement, on n’exploite plus seulement le bois de la région pour fabriquer de la pâte et du papier, mais on exploite également les ressources d’aluminium ainsi que les réservoirs d’eau pour créer de nombreux barrages et beaucoup de centrales hydroélectriques.

    Durant ces années pionnières, plusieurs événements concrets mènent à l’émergence du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le premier chemin de fer arrive dans la région en 1888. Le Parc des Laurentides est fondé en 1895 et la construction du fameux boulevard Talbot et de son extension qui relie la région à la ville de Québec débute autour de 1945. La construction d’une première ligne téléphonique régionale a lieu en 1900. Une première automobile circule d’abord à Roberval en 1906. Le premier vol aérien entre la région et l’extérieur se passe en 1919. En 1922, un tout premier service d’autobus est déjà mis en place autour des villes de Chicoutimi, Jonquière et La Baie.

    Malgré ces avancées économiques et techniques, la région vit aussi des moments difficiles. D’abord, une grave épidémie de typhoïde frappe le Saguenay–Lac-Saint-Jean en automne 1889. Un des bâtiments les plus connus de l’ensemble de la région qui est le légendaire hôtel de Roberval est détruit lors d’un incendie en 1900. Une autre épidémie frappe la région et l’ensemble du Québec en 1918. Il s’agit de la grippe espagnole qui cause plusieurs centaines de morts dans la région. En 1926 ainsi qu’en 1928 se déroule ce qu’on appelle aujourd’hui la tragédie du Lac-Saint-Jean. Après l’érection précipitée et peu planifiée d’un barrage au niveau de la Grande-Décharge de la rivière Saguenay près d’Alma pour des raisons économiques, de nombreuses inondations ont lieu un peu partout au Lac-Saint-Jean. Elles causent de graves pertes de terres agricoles et mènent même à l’isolation temporaire de la ville de Saint-Félicien. En 1927 se déroule la célèbre fermeture de la pulperie et bientôt même de la ville de Val-Jalbert. C’est le déclin de l’industrie forestière et bien d’autres fermetures de pulperies comme celle de Chicoutimi suivront bientôt.

    Après des pluies abondantes et une fonte des neiges notable, un glissement de terrain a lieu en plein milieu de la nuit dans la petite ville de Saint-Jean-Vianney en 1971. Une bonne partie de la ville disparait dans un torrent de boue et cause la mort de 31 habitants sans parler des nombreuses maisons, des ponts et de voitures qui disparaissent à jamais dans le néant désastreux. La ville est ensuite démantelée et  les 1308 survivants sont principalement relocalisés à Arvida, Jonquière, Kénogami et Shipshaw. En 1988, une autre catastrophe naturelle frappe la région. Il s’agit d’un tremblement de terre d’une magnitude de 6,2 sur l’échelle Richter qui cause surtout des dégâts matériaux, en plus d’un décès. La troisième catastrophe naturelle important en région a lieu après une série de pluies abondantes et d’inondations durant l’été 1996. Ce qu’on appelle le déluge du Saguenay cause la mort de dix personnes et des dégâts estimés près de 1,5 milliards de dollars canadiens. Un événement curieux qui suit cette catastrophe naturelle est la déclaration de la première monarchie municipale d’Amérique dans la ville de l’Anse-Saint-Jean, qui est mécontente dela gestion politique régionale, provinciale et nationale des dégâts causés par le déluge. La création de cette micro-nation attire beaucoup d’attention et aussi beaucoup de rires. Le roi Denys Ier de l’Anse qui avait été élu par référendum met une fin à ce projet en 2000.

    L’école Saint-Georges dans le village historique de Val-Jalbert en août 2006 

    L’Hotel de Ville de Dolbeau-Mistassini en octobre 2011 

    La Rivière-à-Mars près de La Baie en juin 2007 


    Le port de l’Anse-Saint-Jean en août 2012 

    Les installations portuaires de Roberval en octobre 2011 

    Vue sur une partie des Monts-Valins en janvier 2010 


    Vue sur la ville de Chicoutimi à partir de la Croix Sainte-Anne en juillet 2011 


    En dehors de ces événements marquants, il faut aussi mettre l’accent sur l’émergence de la culture au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le drapeau du Royaume du Saguenay (vert-jaune-gris-rouge) est par exemple déjà adopté en 1938 et donc dix ans avant l’adoption du drapeau de la province du Québec et vingt-sept ans avant celle du drapeau canadien. La boisson «Saguenay Dry» apparue en 1929 et la boisson «Red Champagne» inventée en 1937 font preuve de l’innovation créatrice régionale. Le premier Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean ouvre déjà ses portes en 1953 et beaucoup de régions suivront cet exemple. La première chaîne de télévision régionale sous le nom de CKRS-TV arrive relativement rapidement en 1955. La première Traversée du Lac-Saint-Jean qui est devenu un événement sportif d’envergure internationale à nos jours se déroule également en 1955. L’inauguration du Jardin Zoologique de Saint-Félicien qui est aujourd’hui connu partout au Québec se passe en 1960. Le Cégep de Chicoutimi est en 1967 le premier de ces établissements au Québec à obtenir ses lettres patentes. Deux ans plus tard, une des toutes premières universités du réseau des Universités du Québec ouvre ses portes à Chicoutimi. L’année 1973 marque l’entrée des Saguenéens de Chicoutimi dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, où ils jouent encore de nos jours. La première édition de «Jonquière en neige» a lieu en 1984. La première du spectacle théâtral historique à saveur locale «La Fabuleuse Histoire d’un Royaume» se déroule en 1988 et ses différentes éditions et réadaptations attirent encore aujourd’hui des foules considérables. La première édition du festival «Jonquière en Musique» a lieu en 1991, celle du «Festival forestier de Shipshaw» en 1995 et enfin celle du «Festival International des Rythmes du Monde» à Chicoutimi en 2003.

    Encore récemment, plusieurs événements historiques ont marqué la région comme l’inauguration officielle du pavillon d’accueil des croisières internationales de Saguenay à La Baie en 2009, la nomination de la Ville de Saguenay comme capitale culturelle du Canada en 2010 ou encore l’accueil des Jeux du Québec à l’hiver 2013. La région continue à se faire un nom à l’international. Deux bons exemple récents sont d’abord une publicité pour la Ville de Saguenay, d’après une initiative entreprenante du maire Jean Tremblay qui est diffusée sur le réseau Fox aux États-Unis et ensuite la publication de la publicité en forme de court métrage coloré «Saguenay: Le Film». Allez regarder ces deux publicités sur internet si vous ne les avez pas encore vues et soutenez la région!

     

    En ses 175 ans, la région a donc vécu bien des bas et bien de hauts et continuera à écrire sa jeune histoire. Célébrons ensemble cet anniversaire marquant en constatant de façon positive l’ouverture progressive de la région vers le monde entier.

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