• L’heure est plus grave que jamais pour l’éducation universitaire au Québec!

    Les universités québécoises traversent une période très difficile. Après les manifestations étudiantes du printemps érable qui ont mené à de nouvelles élections provinciales et à une annulation de la hausse des frais de scolarité, bien des universités doivent maintenant faire face à des coupures budgétaires radicales. La direction de l’UQAC a annoncé des coupures de 5,8 millions de dollars sur un plan de cinq ans. Concrètement, on parle de la suppression de dix emplois et de la disparition de quarante postes. Les syndicats des professeurs et des chargés de cours ont autant dénoncé ces développements que le MAGE-UQAC.

    On refuse par exemple les congés sabbatiques et de perfectionnement de plusieurs professeurs. Les frais de déplacement pour les chargés de cours sont annulés. Plusieurs emplois à la vie étudiante sont coupés tels que les services d’aide à l’emploi, d’aide à la réussite des études, de consultation psychosociale, de la mobilité étudiante et les services de santé. Plusieurs étudiants qui avaient prévu de faire un stage ou une session à l’étranger doivent vivre avec l’annulation de différentes bourses qui leur avaient été accordées auparavant et voient leur projet longuement planifié mis en péril. Selon les commentaires de plusieurs étudiants, cela va même jusqu’à annuler les bourses de plusieurs étudiants qui se trouvent déjà à l’étranger et qui sont ainsi forcés de s’endetter ou de retourner chez eux.

    Ces coupures prévisibles n’avaient pas empêché l’université de mettre beaucoup d’argent dans des investissements dont peu de personnes de la vie étudiante profitent comme la construction de l’aréna qui est pratiquement toujours vide ou l’installation d’un pavillon sur la culture autochtone destiné avant tout à seulement trois cents étudiants. En tant qu’étudiant très inquiet des derniers développements, il est légitime de se poser de sérieuses questions sur la manière dont les budgets universitaires sont gérés et de demander plus de transparence.

    Malgré ces démarches regrettables, c’est avant tout le gouvernement péquiste qui avait provoqué cette dégénération avec des coupures majeures prévues pour les universités québécoises qui ont forcé les directions à réagir.

    La situation pourrait par contre être encore pire. François Legault, chef de la Coalition avenir Québec, propose de créer deux sortes d’université: une gratuite et accessible pour le peuple ordinaire et une très coûteuse pour l’élite. Quand il parle des universités élitaires, il pense surtout aux universités les plus renommées des grands centres urbains et quand il mentionne les universités pour Monsieur et Madame Tout-le-monde, il fait allusion aux universités en régions périphériques comme l’UQAC. 

    Le directeur du Bureau des affaires publiques de l’UQAC a rapidement dénoncé cette attitude. Le MAGE-UQAC et la FEUQ ont soutenu ces propos et cette dernière a rajouté que Legault serait complètement déconnecté de la réalité.

    Il n’y a pas seulement les étudiants des régions éloignées, mais aussi les étudiants de partout au Québec qui ont choisi librement l'UQAC et non une université des grandes villes proche de leur ville natale et les étudiants étrangers qui enrichissent la diversité culturelle et l'ouverture d'esprit de la communauté étudiante. Vu que les classes sont souvent plus petites au sein de notre université, les étudiants bénéficient d'échanges précieux avec bien des professeurs et des chargés de cours et en fin de compte d'un enseignement qui est davantage adapté à leurs besoins personnels. De plus, on peut observer une diversification des cours et programmes uniques offerts ici.

    Ces jeunes universités devraient donc au contraire être soutenues financièrement et institutionnellement en comparaison avec les universités réputées pour poursuivre leur avancement. Les grandes universités disposent déjà de l'implication de plusieurs mécènes et organismes ainsi que de frais de scolarité excessivement élevés qui font en sorte que ces institutions ne sont accessibles que pour les mieux démunis dans notre société. On oublie de plus en plus de considérer les capacités intellectuelles et le talent malgré quelques bourses et prêts favorisant plutôt l'endettement qui est déjà très élevé au Canada en comparaison avec le reste du monde.

    Malgré la prise de position encourageante de l’université face aux propos de ce politicien qui cherche désespérément l’attention en fondant un tout nouveau parti parce qu’il ne faisait plus le poids dans son ancien, la façon radicale dont les coupures budgétaires ont été adaptées va à l’encontre de ce que la direction voulait atteindre auparavant. On commence à réduire les effectifs et ainsi aussi la qualité de l’enseignement et surtout de la vie étudiante en envoyant un message défaitiste. Les futurs étudiants seront donc plus attirés par les grandes universités qui coupent moins radicalement dans les différents emplois et postes. Ce ne sont que les étudiants démunis ou «ordinaires» qui resteront en région toute à l’image des idées de François Legault.

    Pour rééquilibrer le déficit, l’université risque de miser fortement sur l’arrivée de nouveaux étudiants étrangers qui n’ont pas profité de l’annulation de la hausse des frais de scolarité. Ils qui doivent au contraire payer plus que sept fois plus cher par trimestre qu’un étudiant québécois (7528,01$ canadiens pour quinze crédits au programme régulier pour les étudiants étrangers au baccalauréat versus 1083,90$ canadiens pour les étudiants canadiens résidant au Québec). Ces tendances pourraient mener à deux scénarios: soit que les étudiants étrangers aisés s’installeront massivement à Chicoutimi pour dépanner le déficit ou soit que les étudiants étrangers préféreront accéder à une université plus réputée en Amérique du Nord. Il ne sera plus justifiable de dire que les frais de scolarité sont plus élevés ailleurs en Amérique du Nord qu’au Québec car cela devient moins vrai pour les étudiants étrangers et on ne pourra plus comparer des universités amputées de nombreux services à celles qui augmentent leur qualité d’enseignement et de la vie universitaire. En tant que tel, ce sont les étudiants étrangers qui gardent les universités québécoises en vie et on ne peut pas juste compter sur eux face à la situation actuelle.

    En réglant le problème de la hausse des frais de scolarité, on a créé deux nouveaux tout aussi importants: les coupures budgétaires er l’avenir des universités. Dans une situation aussi instable et il faut que chaque parti – que ce soit la direction d’université, les syndicats des professeurs et des chargés de cours, le MAGE-UQAC, les différentes associations étudiantes et surtout aussi les différents politiciens - mette de côté ses différences d’opinion pour travailler de concert dans le but de résoudre sérieusement ces problèmes de plus en plus pressants. Ce n’est pas en contournant des votes démocratiques contre la grève étudiante en petites associations militantes, en boycottant ces sommets ou en prenant des décisions unilatérales que le dossier avancera. Allons voir si le sommet sur l’enseignement supérieur nous envoie des signaux positifs ou s’il va être un échec – comme le prédit François Legault.

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