•  

    Le présent travail marque les cinq personnages qui étaient selon moi les plus importants dans l’essor des relations internationales depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. À part de mes opinions personnelles, je me suis appuyé sur des sources diversifiées telles que des ouvrages historiques, des statistiques, des articles de journal ou des documentaires entre autres.

                Je vais présenter les cinq personnages en ordre chronologique par rapport à leur phase la plus influente et puissante. Mon premier choix est l’homme d’État Charles de Gaulle. Selon moi, il a joué un rôle majeur dans les relations internationales de l’Europe de l’après-guerre à partir des années quarante jusqu’à sa mort.

    Le pasteur baptiste afro-américain Martin Luther King a largement influencé les dynamiques de la société américaine et le rôle des minorités visibles occidentales lors des années soixante.

    Par la suite, le politicien soviétique Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev a joué un rôle considérable dans les événements des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix ayant mené à la chute du communisme et à la fin de la guerre froide.

    Le terroriste islamiste Oussama ben Laden est devenu mondialement connu en lien avec les attentats du 11 septembre 2001 qui était peut-être la date la plus marquante de l’histoire de l’après-guerre à part de celle du chute du mur de Berlin.

    Enfin, Hu Jintao, le président actuel de la République populaire de Chine, est actuellement la personne la plus influente dans le monde selon le magazine Forbes et représente l’essor économique époustouflant de la Chine contemporaine.

     

    1.      Charles de Gaulle

    Ce général, homme politique et homme d’État n’a pas seulement été le personnage clé lors de la résistance et libération de la France de l’occupation de l’Allemagne nazie ainsi qu’un facteur important de la victoire des Alliés et de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il était aussi l’instigateur de la fondation de la Cinquième République en France et devint son président.

    Il a également joué un rôle important dans la reconstruction diplomatique d’une Europe dévastée. Avec Konrad Adenauer, il mettait par exemple en marche la réconciliation franco-allemande et aida l’Allemagne à s’intégrer dans la démocratie occidentale. La nouvelle amitié liant les anciens ennemis héréditaires devint le moteur de l’Union européenne contemporaine.

    Même au-delà de la politique européenne, ses discours charismatiques ont eu un impact considérable. L’exemple le plus connu est sans aucun doute sa phrase «Vive le Québec libre!» prononcée à Montréal lors d’un voyage en honneur du centième anniversaire du Canada. Pour De Gaulle, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes était un principe universel «qu’il avait proclamé avant à Brazzaville en 1944 et répété à Phnom-Penh en 1966».[1] Cette phrase déclencha une crise diplomatique entre le Canada et la France, accéléra considérablement les mouvements indépendantistes au Québec et fit accidentellement connaître le Québec et sa situation politique à travers le monde.[2]

    De Gaulle était sans aucun doute un homme politique marquant, charismatique et unique à facettes multiples qui a énormément influencé les relations internationales de l’Europe de l’après-guerre notamment.

    2.      Martin Luther King, Jr

    Ce combattant pacifique contre le racisme et la suppression sociale aux États-Unis a bâti le chemin à l’acceptation et l’essor ou l’amélioration des conditions de la minorité afro-américaine et même des autres minorités visibles dans une société nord-américaine de plus en plus hétérogène. Le succès d’un Barack Obama à nos jours n’aurait jamais été possible sans la vision de King prononcée dans un des discours les plus marquants de l’après-guerre le 28 août 1963 qui était son «I Have a Dream».[3]

    Contrairement à d’autres révolutionnaires de l’après-guerre tels que Malcolm X ayant grandi dans un monde de racisme et de violence contre le peuple noir au Michigan qui poursuivit pratiquement les mêmes buts que King tout en ayant une vision plus radicale et musulmane[4], King a choisi la rhétorique, la religion et la manifestation pacifique comme armes principales contre les oppresseurs de la minorité nord-américaine.[5] Les clés de son succès étaient «l’approche non-violente et l’action directe» permettant une résistance contre le «racisme virulant» tout en faisant savoir au monde qu’«ils ne toléreraient pas plus longtemps la violation quotidienne de leur humanité par la société blanche dominante».[6] 

    Méritant du prix Nobel de la paix en 1964, sa victoire aux États-Unis a d’ailleurs également eu un impact sur l’amélioration des conditions des descendants du peuple africain vivant à l’étranger partout dans le monde et a ouvert la voie au multiculturalisme même si la cohabitation des différents peuples est toujours loin d’être parfaite dans les États-Unis d’Amérique modernes.

    3.      Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev

    Cet avant-dernier Secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique, dernier Président du præsidium du Soviet suprême, premier Président du Soviet suprême d’URSS ainsi que premier Président de l’Union soviétique fait selon moi clairement partie des cinq personnages les plus importants dans l’essor des relations internationales de l’après-guerre.

    Durant sa période la plus puissante, il était un réformateur se dirigeant vers la fin de la guerre froide et le moteur de la chute de l’Union soviétique et du rideau de fer malgré lui. Ses lancements de la libéralisation économique, culturelle et politique connues sous les noms de Perestroïka et Glasnost ont transformé tous les pays membres du Pacte de Varsovie profondément. Grâce à ses interventions, de nombreuses régions soumises au centralisme de l’Union soviétique ont trouvé leur liberté et il a été également un des responsables principaux qui ont rendu la chute du mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne possibles. Gorbatchev avait la vision d’une «maison européenne commune» sur les ruines de l’Empire communiste sans toutefois trahir ses valeurs socialistes et athéistes comme beaucoup de gens le croient si fautivement.[7]

    Même après sa démission, Gorbatchev s’est davantage impliqué dans la politique en fondant plusieurs nouveaux partis politiques dont le Parti social-démocrate de Russie et le Parti démocratique indépendant de Russie. Il était aussi un visionnaire environnementaliste qui a fondé la Croix verte internationale.

    Sans ses décisions et interventions, la carte politique ne serait probablement pas la même à nos jours et la guerre froide n’aurait peut-être pas trouvé une fin aussi rapide, diplomatique et relativement paisible. Mépris par un bon nombre de personnes en Russie[8] qui a perdu son rôle de superpuissance mondiale, sa politique a été davantage appréciée par les nouveaux pays indépendants et les gouvernements occidentaux ce qui lui a mérité le Prix Nobel de la paix en 1990.

    4.      Oussama ben Laden

    Cet apatride islamiste était le fondateur et dirigeant d’Al-Qaida qui mena des «djihads» d’abord contre les Soviets qui s’en prenaient à l’Afghanistan et contre l’Iraq socialiste sous Saddam Hussein qui s’en prenaient au Koweït et enfin contre l’ensemble des pays occidentaux et particulièrement les États-Unis.[9] Il s’attaquait à ces pays par le biais d’attentats terroristes planifiés par lui et ses assistants, mais directement exécutés par d’autres. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, ben Laden faisait partie de la liste des Dix Fugitifs les plus recherchés du FBI avec une récompense de 25 millions de dollars[10] et était sans aucun doute médialement la personne la plus connue sur cette liste. Il fut tué le 2 mai 2011 dans sa résidence et cachette ex exil près d’Abottabad au Pakistan lors de l’Opération Neptune Star par des forces spéciales des États-Unis ce qui a causé des réactions mouvementées dans les deux camps.

    Oussama ben Laden a eu une influence majeure sur les relations internationales car ses attentats terroristes ont provoqué une véritable chasse aux sorcières de la part des États-Unis qui a divisé le monde diplomatique en deux ou pour prendre les paroles de George W. Bush qui disait «ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous». Après la chute du communisme, c’étaient le terrorisme et aussi l’islamisme qui devinrent la nouvelle grande peur suggérée par le régime américain. Certains experts craignaient même l’éclatement d’une Troisième Guerre mondiale, cette fois pour des raisons purement religieuses.

    Les actions de ben Laden eurent un impact direct sur nos vies de tous les jours non seulement au niveau médiatique, mais aussi en ce qui concerne les mesures de sécurité aux aéroports et frontières, une renaissance de la xénophobie et de nouvelles politiques d’immigration dans un bon nombre de pays occidentaux.

    5.      Hu Jintao

    Sous le secrétaire général du Parti communiste chinois depuis 2002 et le président de la République populaire de Chine depuis 2003, la Chine a fait des progrès politiques, économiques et sociaux visibles. Sous le régime de la personnalité la plus influente du monde selon le magazine Forbes en 2010[11], la troisième économie mondiale est en route pour devenir une nouvelle puissance mondiale. Une nouvelle classe moyenne chinoise est en pleine expansion malgré une politique plutôt conservatrice et centraliste renouant avec les valeurs des anciens marxistes de la part de Hu Jintao.[12] Celui-ci a perfectionné le système du «capitalisme rouge» et une ère d’industrialisation accélérée amorcé sous la gouvernance de Deng Xiaoping déjà[13]. Cette vision demande les efforts, l’obéissance et la discipline de l’ensemble de la population du pays le plus peuplé dans le monde.[14]

    Sur le plan international, la Chine sous Hu Jintao s’est bien sortie de la crise économique de 2008 ou la Grande Récession et a joué un rôle important en soutenant financièrement plusieurs pays occidentaux et capitalistes comme les États-Unis. Elle poursuit également une série de coopérations avec plusieurs pays africain par le biais d’un fonds sino-africain de développement.[15] Le rôle que la Chine jouait durant la crise économique et la gestion ambitieuse de l’événement mondial qu’étaient les Jeux Olympiques de Pékin en 2008 ont prouvé que ce pays émergent dispose les capacités nécessaires pour jouer un très grand rôle dans les relations internationales contemporaines.

     

     

    Bibliographie

    Livres:

    ANDRÉSY, Agnès Who’s Hu: le président chinois Hu Jintao, sa politique, ses réseaux, Paris, Éditions L’Harmattan, 2008, 175 pages (Page 93)

     

    CONE, James H. Malcolm X et Martin Luther King: Même cause, même combat, Genève, Labor et Fides, 2008, 2008, 124 pages (page 22)

     

    HEROLD, Stefan L’unification allemande: des illusions à la réalité Liège, Éditions de l’ULG, 2004, 159 pages (page 64)

     

    GIGUÈRE, Monique La face cachée de la perestroïka, Ville de Québec, Presses de l’Université du Québec, 1990, 80 pages (page 17)

     

    MOLLA, Serge Les idées noires de Martin Luther King, Genève, Labor et Fides, 2008, 396 pages (page 7)

     

    NGUYEN, Éric Les 100 hommes du XXe siècle, Paris, Studyrama Perspectives, 2005, 274 pages (page 256)

     

    NOACK, Hans-Georg Der gewaltlose Aufstand. Martin Luther King und der Kampf der amerikanischen Neger, Stuttgart, Evangelische Buchgemeinde, 1965, 448 pages (page 9)

     

    PASQUET, Jean-Mée Oussama ben Laden: Icône du terrorisme islamiste, Sarrebruck, VDM / FastBook Publishing, 2011, 152 pages (page 7)

     

    PEYREFITTE, Alain De Gaulle et le Québec: des témoignages, Québec, Les Publications du Québec, 1997, 218 pages (page 17)

     

    RUMMEL, Jack et Heather Lehr WAGNER, Malcolm X: Militant Black Leader, New York City, Infobase Publishing, 2004, 102 pages (page 12)

     

    SCHWARTZENBERG, Roger-Gérard La politique mensonge, Paris, Éditions Odile Jacob, 1998, 494 pages (page 93)

     

    Articles: 

     

    PERLROTH, Nicole et Michael NOER, Les cents personnalités les plus influentes du monde, New York City, Forbes, 2010, nombre total de pages inconnu 

     

    ROUSSEAU, Yan Dans la crise, la Chine a renforcé son influence sur l’Afrique, Paris, France, Les Échos du six et sept novembre, 2009, nombre total de pages inconnu

    Documentaires:

    BAICHWAL, Jennifer et Edward BURTYNSKY Manufactured Landscapes, Toronto, Canada, 2006, 86 minutes

     

    CYR, Luc et Carl LEBLANC Le Chemin du Roy, Montréal, Télé-Québec, 21 novembre 1997, 53 minutes

     


    [1] PEYREFITTE, Alain De Gaulle et le Québec: des témoignages, Québec, Les Publications du Québec, 1997, 218 pages (page 17)

    [2] CYR, Luc et Carl LEBLANC Le Chemin du Roy, Montréal, Télé-Québec, 21 novembre 1997, 53 minutes

    [3] MOLLA, Serge Les idées noires de Martin Luther King, Genève, Labor et Fides, 2008, 396 pages (page 7)

    [4] RUMMEL, Jack et Heather Lehr WAGNER, Malcolm X: Militant Black Leader, New York City, Infobase Publishing, 2004, 102 pages (page 12)

    [5] NOACK, Hans-Georg Der gewaltlose Aufstand. Martin Luther King und der Kampf der amerikanischen Neger, Stuttgart, Evangelische Buchgemeinde, 1965, 448 pages (page 9)

    [6] CONE, James H. Malcolm X et Martin Luther King: Même cause, même combat, Genève, Labor et Fides, 2008, 2008, 124 pages (page 22)

    [7] HEROLD, Stefan L’unification allemande: des illusions à la réalité Liège, Éditions de l’ULG, 2004, 159 pages (page 64)

    [8] GIGUÈRE, Monique La face cachée de la perestroïka, Ville de Québec, Presses de l’Université du Québec, 1990, 80 pages (page 17)

    [9]  NGUYEN, Éric Les 100 hommes du XXe siècle, Paris, Studyrama Perspectives, 2005, 274 pages (page 256)

    [10] PASQUET, Jean-Mée Oussama ben Laden: Icône du terrorisme islamiste, Sarrebruck, VDM / FastBook Publishing, 2011, 152 pages (page 7)

    [11] PERLROTH, Nicole et Michael NOER, Les cents personnalités les plus influentes du monde, New York City, Forbes, 2010, nombre total de pages inconnu  

    [12] ANDRÉSY, Agnès Who’s Hu: le président chinois Hu Jintao, sa politique, ses réseaux, Paris, Éditions L’Harmattan, 2008, 175 pages (Page 93)

    [13] SCHWARTZENBERG, Roger-Gérard La politique mensonge, Paris, Éditions Odile Jacob, 1998, 494 pages (page 93)

    [14] BAICHWAL, Jennifer et Edward BURTYNSKY Manufactured Landscapes, Toronto, Canada, 2006, 86 minutes

    [15] ROUSSEAU, Yan Dans la crise, la Chine a renforcé son influence sur l’Afrique, Paris, France, Les Échos du six et sept novembre, 2009, nombre total de pages inconnu

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire
  •  

               Le travail ici présent traite l’émergence de la notion de «crime contre l’humanité» et l’adaptation du droit naturel qui remplace officiellement le droit positif au sein des Nations Unies suite au désastre de la Deuxième Guerre mondiale. Le travail cherche à analyser l’importance des droits de l’Homme en se traitant brièvement quelques notions importantes. Le présent travail débute avec une brève description de ce qui sont les droits naturel et positif en mettant le sens des deux termes dans un contexte socio-historique. Par la suite, le travail abordera l’ouvrage principal de Vladimir Jankélévitch dont je me suis servi pour décrire comment «l’imprescriptible» modifie ou limite la conception de la modernité politique qui prévalait pendant deux siècles avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Cette partie décrit, mais critique et analyse à la fois d’une manière plus détaillée les concepts et opinions proposés par l’auteur.

    Débutons alors avec un bref descriptif du droit naturel et du droit positif. Le droit positif était en vigueur dans la plupart des États occidentaux pendant environ deux siècles avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il est constitué de l’ensemble des règles juridiques étant en vigueur dans un État. Elles sont dictées par les autorités politiques et elles se suffisent à elles-mêmes. Le droit positif est l’expression de la société autonome et de son État souverain d’un point de vue intérieurement réflexif sans prendre en compte les conseils, résolutions ou idéologies extérieures. C’est en se basant sur ce principe du droit positif que Josef Goebbels défend par exemple certains éléments qui annonçaient déjà le futur génocide des juifs au sein de l’Allemagne nazie au Palais des Nations à Genève en septembre 1933 en disant selon le livre «Le droit d’ingérence, mutation de l’ordre international» de Mario Bettati: «Nous faisons ce que nous voulons de nos socialistes, de nos pacifistes et de nos juifs, et nous n’avons à subir de contrôle ni de l’humanité, ni de la Société des Nations.»

    Le droit naturel s’oppose à ce droit positif et est officiellement en vigueur dans tous les pays-membres des Nations Unies et réellement dans la plupart des États occidentaux, c’est-à-dire au sein des États européens et nord-américains. Le droit naturel est l’ensemble des normes prenant en considération la nature de l’homme et sa finalité dans le monde. On prime l’idée d’être humain d’abord et avant tout et être de telle ou telle nation ensuite. Ce principe est un point central de la «Déclaration universelle des droits de l’Homme» de 1948 qui est proclamée par les Nations Unies le 10 décembre de la même année.

     «L’imprescriptible» est un ouvrage du philosophe français juif d’origine russe Vladimir Jankélévitch qui réunit deux textes: «Pardonner?» datant de 1971 et ensuite «Dans l’honneur et la dignité» datant de 1948 et tiré initialement de son ouvrage «Les temps modernes». Dans le travail présent, je vais surtout me référer au texte «Pardonner?» qui nous a été fourni dans le cadre du cours pour tenter de comprendre le renouveau des relations internationales et la modernité politique. Notons bien que Jankélévitch a influencé la scène politique internationale temporairement avec certains de ses ouvrages et discours en ayant plaidé en 1965 contre le pardon de la France envers l’Allemagne et a réussi à influencer le gouvernement français qui a fini par rejeter l’idée.

                Avant d’aborder les textes et certaines notions plus en détail, il est intéressant de se pencher encore un peu plus sur la biographie de l’auteur en analysant également le contenu des deux ouvrages qui est selon moi très discutable et peu intellectuel. Vladimir Jankélévitch était un jeune adulte lorsqu’il s’est enfui des pogroms antisémites à Odessa dans sa jeunesse vers le début des années 1920. Il a passé une grande partie de la Deuxième Guerre mondiale à l’université de Toulouse sous plusieurs identités en sécurité à l’aide des membres de l’Église catholique et des francs-maçons. Il s’est engagé dans la Résistance avec la conviction que les nazis ne sont des hommes que par hasard. Il n’a donc jamais vécu le ghetto de Varsovie ni les camps de concentration, mais se déclare porte-parole de ceux et celles qui y ont souffert. Suite à la guerre, il ignore complètement la philosophie et musique allemande et autrichienne que son père et lui avaient étudié pendant longtemps. Il a tendance à oublier tout ce qui s’est passé en Allemagne avant le Troisième Empire et ne veut rien savoir de ce qui se passe dans le pays depuis sa fin sanglante douze ans plus tard. Il s’oppose à la réconciliation franco-allemande et au zeitgeist d’une Europe unie de l’époque de l’après-guerre.

    Dans les textes «Pardonner?» et «Dans l’honneur et la dignité», Jankélévitch prime le passé et parle du traumatisme et de la spécificité du syndrome d’Auschwitz et dit qu’il ne veut pas parler de sujets d’actualités comme les crimes des Israéliens envers les Palestiniens dont tout le monde parle trop selon lui. Il parle d’ailleurs peu des attitudes antisémites en France lors de l’affaire Dreyfuss, des pogroms antisémites en Union soviétique qu’il avait lui-même vécus ou des réactions antisémites aux États-Unis suite au krach boursier. Il reste insensible à l’Apartheid en Afrique du Sud et le Ku-Klux-Klan aux États-Unis. Il ne mentionne pas les goulags russes et les camps de concentrations libérés qui se faisaient souvent transformer en de nouveaux camps de travail cruels pour des juifs et des ennemis politiques de l’Union soviétique comme à Buchenwald. Il dit que la mort des millions de morts causés par des dictateurs radicaux de l’époque comme Staline et Mao ne sont rien comparés aux crimes contre l’humanité de l’Allemagne nazie. À la page soixante-et-un, il met l’accent sur la thèse peu prévoyante que «ce qui est arrivé est unique dans l’histoire et sans doute ne se reproduira jamais, car il n’en est pas d’autres exemples depuis que le monde est monde». Il manque ainsi de jugement et de prévoyance car des génocides au Rwanda et aux Balkans ont malheureusement prouvé le contraire et cela même après le triomphe de la démocratie suite à la chute du mur de Berlin. Grâce à l’intervention des forces internationales et vu la taille plutôt limitée des régions concernées, il est certain que ces génocides n’ont pas dégénéré autant qu’au sein de l’Allemagne nazie. Les temps ont changé en ce qui concerne les relations internationales et les Nations Unies sont beaucoup plus efficaces que la précédente Société des Nations, mais le principe reste le même et l’histoire s’est répétée tout en connaissant les impacts graves que le génocide des juifs a causé.

    Je suis conscient que le travail présent ne demande pas une analyse précise ni une opinion personnelle face aux ouvrages de Jankélévitch, mais les deux textes sont remplies de passages qui vont jusqu’à franchir la philosophie morale en abordant des généralisations et préjugés sur la nation allemande qui manquent d’objectivité et d’idées constructives. Ces conditions me mènent à exposer et justifier ma thèse brièvement.

    À la page quarante-et-un, Jankélévitch est par exemple convaincu qu’«un crime qui fut perpétré au nom de la supériorité germanique engage la responsabilité nationale de tous les Allemands». Il démontre une attitude semblable à celle des Français suite à la Première Guerre mondiale et au traité de Versailles qui cherchait à faire payer, isoler et stigmatiser l’Allemagne ce qui a engendré une haine et frustration de base au sein du peuple allemand qui a facilité l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler. Jankélévitch va même jusqu’à critiquer gravement les avocats des Allemands nazis étant accusé pour crimes de guerre et contre l’humanité et les Français qui passent déjà leurs vacances dans le pays de l’ennemi héréditaire. Il proclame à la page quarante-huit que «le pardon est un fait depuis longtemps accompli à la faveur de l’indifférence, de l’amnésie morale, de la superficialité générale». Jankélévitch est de plus convaincu que malgré ce pardon accompli, «certains verdicts scandaleux, des signes inquiétants» qu’il juge à la page cinquante comme preuves de «l’éclatante mauvaise volonté dont les Allemands… et les Autrichiens vont de plus en plus faire preuve» dans la poursuite de ceux qui ont commis des crimes contre l’humanité.

    Sur une note personnelle et étant donné que j’ai grandi en Allemagne que les écoles sensibilisent davantage les jeunes générations face à l’antisémitisme. Beaucoup d’institutions de communautés religieuses étrangères en Allemagne ont une liberté spirituelle, un soutien financier et une indépendance institutionnelle énorme. Malheureusement, cela mène souvent à un abus flagrant lorsque ces institutions se basent sur le passé de l’Allemagne nazie pour mettre la pression sur les institutions gouvernementales afin de faire passer des projets menant de plus en plus à une isolation, ghettoïsation et statistiquement même une criminalisation d’un bon nombre de communautés. Les immigrants se font souvent concéder plus de droits que les Allemands eux-mêmes. Toutes les tendances extrémistes en Allemagne sont prohibées ou surveillées de près par de nombreuses institutions gouvernementales. Sur le plan international, l’Allemagne joue souvent le rôle de conciliateur au sein de l’Union Européenne et est souvent la première nation à venir à l’aide à une nation qui subit des problèmes économiques, militaires et sociaux comme la Grèce en ce moment. L’Allemagne est aujourd’hui un des pays qui appliquent davantage le droit naturel. Notons aussi qu’une véritable fierté nationale ou un sentiment de patriotisme comparable ne s’est pas encore reconstitué au sein d’une bonne partie de la société allemande contemporaine.

    Dans les deux textes susmentionnés, Jankélévitch se prononce sans cesse contre l’indifférence et l’oubli ce qui est un des rares aspects positifs et objectifs à trouver parmi ses ouvrages. À la page trente-cinq, Jankélévitch souligne qu’«Auschwitz n’est pas une atrocité de guerre, mais une œuvre de haine» et dit qu’on ne pourrait jamais trop ni assez parler de ces événements cruels. Il encourage les moralistes et intellectuels de parler davantage du syndrome d’Auschwitz et critique à la page cinquante-deux que «les intellectuels et les moralistes allemands, s’il y en a, n’ont rien à dire.» sans chercher à élaborer ou même prouver cette thèse.

     En ce qui concerne la notion du pardon, le philosophe français critique que les Allemands n’ont jamais demandé pardon et posé de gestes honnêtes pour leurs actes cruels lors du génocide des juifs, mais il critique de l’autre côté que les Allemands ne pourraient de toute manière jamais se faire pardonner car’«il n’y a pas de dommages-intérêts qui puissent nous dédommager pour six millions de suppliciés, il n’y a pas de réparation pour l’irréparable.» comme il décri à la page quarante.

    En ce qui a trait aux crimes contre l’humanité, Jankélévitch dit que ceux-ci sont «imprescriptibles» et donc intouchables. Le crime international des Allemands est selon lui une «affaire de toutes les nations piétinées» comme il décrit à la page vingt-et-un en donnant ainsi son appui au droit naturel et les nouvelles base d’une démocratie occidentale actuelle.

    Par rapport à la dignité humaine, le philosophe écrit à la page vingt-quatre que «le Juif n’est pas pour l’Allemand un simple instrument de travail, il est en outre lui-même la matière première». Notons ici encore une généralisation anti-allemande dans laquelle il ne sous-entend non seulement que tous les Allemands ont la même attitude envers les juifs, mais dans laquelle il utilise spécifiquement non le passé, mais bien le présent et ceci dans un texte publié en 1971 comme si l’État allemand n’avait fait aucun progrès positif.

    En conclusion, Jankélévitch mentionne quelques points importants à la base de la refondation du système international et de la modernité politique comme les notions du pardon, des crimes contre l’humanité et la dignité humaine qui sont à la base des droits de l’Homme proclamés par les Nations Unies qui sont toujours en vigueur à nos jours. Le génocide des juifs par l’Allemagne nazie, «l’imprescriptible», a profondément transformé le monde d’un point de vue sociopolitique et suite à l’échec de la démocratie en Allemagne suite à la Première Guerre mondiale, la communauté internationale a depuis ce temps-là réussi à réintégrer, démocratiser et rétablir l’image de l’Allemagne et de maintenir pendant longtemps la paix en Europe en évitant jusqu’aujourd’hui un l’émergence d’un nouveau conflit armé mondial. D’un point de vue critique, Jankélévitch préfère pourtant de choisir des exemples et préjugés biaisés par une haine contre tout ce qu’il est allemand ce qui enlève un poids considérable à son argumentation, sa crédibilité et sa professionnalité.

                                                                              

     Bibliographie

    1.)    BETATTI, Mario, Le droit d’ingérence, mutation de l’ordre international, Paris, Odile Jacob, 1996.

    2.)    JANKÉLÉVITCH, Vladimir, L’imprescriptible: Pardonner? / Dans l’honneur et la dignité, Paris, Éditions du Seuil, 1971.

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire
  •  

    1.      Introduction

    Le travail suivant porte sur «Le dialogue de Mélos», une section d’une pertinence rhétorique considérable dans l’ouvrage historique «Histoire de la guerre du Péloponnèse» de l’historien grec Thucydide qui parle du conflit athéno-spartiate se déroulant entre 431 et 404 avant Jésus-Christ. Cette guerre opposa la ligue du Péloponnèse, dirigée par Sparte, à la ligue de Délos sous l’égide des Athéniens. C’est une des premières œuvres constituant un récit historique assez fidèle qui a notamment influencé des philosophes tels que Thomas Hobbes.

    Ce travail est subdivisé en trois parties principales si l’on écarte l’introduction et la conclusion. En premier lieu, il tente d’élucider le contexte général dans lequel se fait le dialogue de Mélos dont il est question. Par la suite suivra une analyse plus détaillée des deux points de vue opposés des Athéniens et des Méliens en abordant les principaux arguments de chaque camp. En dernier, le travail finira avec une description et analyse des différentes options possibles s’offrant aux Méliens suite au dialogue.

    2.      Le contexte général de la guerre du Péloponnèse

    Concernant le contexte historique général dans lequel se situe le dialogue qui fut déjà esquissé dans mon introduction, il faut d’abord mentionner que l’auteur de l’œuvre, Thucydide, était un général athénien ayant servi durant le conflit qui avait pour projet de transmettre minutieusement et le plus objectivement possible les événements aux futures générations même si son œuvre sur la guerre restait inachevée. Le dialogue de Mélos se trouve dans le troisième sur huit livres de cette œuvre.

    Historiquement, la guerre du Péloponnèse fut provoquée par de fortes tensions entre les deux ennemis héréditaires qui étaient Athènes et Sparte. Lorsque des mouvements indépendantistes dans la mer Ionienne mirent en péril l’armistice entre les deux, l’intervention militaire d’Athènes, notamment à l’aide de forces navales, fut animée par sa volonté de préserver son hégémonie, notamment sur le plan militaire et idéologique. Quant à Sparte, elle intervint par forces terrestres et fut animée par la peur d’une expansion et prédominance d’Athènes mettant en péril le fragile équilibre de la région. Le conflit devint donc inévitable et prit des allures de plus en plus barbares après la mort du stratège athénien Périclès suite à une épidémie de typhus. Véhiculée par la loi du plus fort et une position fortement comparables au réalisme, Athènes fit des exigences inacceptables lors de plusieurs dialogues ou tentatives d’armistice, non seulement envers les régions ennemies, mais aussi envers les îles neutres. Si l’adversaire n’acceptait pas entièrement les exigences d’Athènes qui étaient souvent liées à une soumission complète, elle répondit par des massacres barbares. Le dialogue avec les Méliens qui ne voulaient que préserver leur héritage et leur honneur en proposant de s’écarter du conflit et ensuite le massacre cruel dirigé par les forces athéniennes soulignent la stratégie de guerre radicale d’Athènes. Cet événement témoigne fort bien la décadence de la guerre qui devenait de plus en plus inhumaine. Ce geste mit notamment en péril la fragile paix de Nicias qui redémarra la guerre entre Athènes et Sparte après une courte période de détente et scella le destin fatal d’Athènes.

    Malgré des scénarios semblables à des guerres civiles, la mégalomanie athénienne prit de nouvelles émergences et rencontra le début de sa fin avec l’échec de l’expédition de Sicile qui fut entreprise suite à la victoire sur l’île de Mélos. Athènes ne se rétablit plus jamais de cette défaite et s’isola stratégiquement tandis que Sparte réussit à se trouver de plus en plus d’alliés. Cela mena enfin à un renversement politique à Athènes avec la création d’une oligarchie provoquée par Sparte qui remporta cette guerre. Ce fut alors la fin de la Grèce glorieuse et son Âge d’Or.

    3.      L’analyse du dialogue de Mélos

    En ce qui concerne les arguments abordés lors de ce dialogue, veuillons les aborder de manière chronologique tout en jugeant le poids respectif de chacun.

    Devant les magistrats et notables méliens, les représentants athéniens cherchent à mettre l’entière cité de l’île Mélos sous sa tutelle, que ce soit sans ou avec des actes de guerre. En premier lieu, les Athéniens cherchent à discuter ouvertement du moment présent sans parler ni du passé ni d’un possible futur. Cette discussion est pourtant réellement peu ouverte car la force navale d’Athènes est aux portes de la cité et les représentants refusent un dialogue s’il ne convient pas à leurs exigences.

    À leur tour, les Méliens n’ont pas le choix d’accepter ces règles imposées. Les magistrats et notables se battent pour la survie de leur peuple, leur culture et leur histoire vieille de près de sept cents ans. Afin de sauver leur pays, ils sont prêts à faire des sacrifices et partent le dialogue déjà sur une approche déséquilibrée tandis que les représentants athéniens soulignent leur dominance militaire dans des discours qui respirent fortement leur idéologie.

    Les Athéniens mettent donc au clair qu’ils ne veulent point parler des conditions de la guerre, de possibles alliances et de la question autour de raison et tort. Lors de cette argumentation, une phrase clé est mentionnée de leur part: «Vous savez aussi bien que nous que, dans le monde des hommes, les arguments de droit n’ont de poids que dans la mesure où les adversaires en présence disposent de moyens de contrainte équivalents et que, si tel n’est pas le cas, les plus forts tirent tout le parti possible de leur puissance, tandis que les plus faibles n’ont qu’à s’incliner.»

    Les Méliens ont une attitude plus idéaliste et en fin de compte humaine. Ils argumentent donc à leur tour qu’on ne devrait pas réduire la possibilité de faire appel au sens moral et à l’équité. Par la suite, les Méliens font exactement ce que les Athéniens ne voulaient pas qu’ils fassent. Ils parlent d’une possible victoire de leur part et de possibles conséquences pour les Athéniens.

    Les Athéniens ne veulent pas parler de théories quelconques et préfèrent avoir une vue simpliste, mais très nette de la situation. Ils disent que ce ne sont pas les adversaires qui sont réellement dangereux, mais bien les peuples assujettis ou neutres qui pourraient se soulever contre les maîtres en place. Les Athéniens défendent ainsi le stratagème d’une domination totale et aimeraient voir la guerre comme un jeu d’échecs avec deux parties bien définies qui s’opposent l’une contre l’autre. Les Athéniens proposent que les Méliens se soumettent à eux pour éviter un massacre tandis que les Athéniens auraient droit à tirer des revenus de la cité de Mélos. Les Athéniens ne cherchent pas d’alliés ou d’amis pour éviter de possibles révoltes, trahisons ou concessions de tout genre. En même temps, l’acte de domination totale souligne la puissance de la cité tandis qu’un armistice pourrait mener d’autres régions sous le joug d’Athènes à songer à une révolte. Cette argumentation, aussi froide qu’elle peut paraître, se défend très bien.

    Au lieu de chercher à élaborer leurs propres arguments, les représentants méliens ne font que poser des questions et cherchent à parsemer le doute parmi les représentants athéniens, mais ils se voient incapables de les convaincre. Les Méliens essaient d’offrir leur amitié et même leur soutien à Athènes et font appel à la raison en disant qu’Athènes se créera davantage d’ennemis avec une telle stratégie radicale. Même si les Méliens ont raison en ce qui concerne le long terme en sortant ici leur argument le plus fort, cela ne change rien pour le moment présent durant lequel leurs arguments sont faibles et leurs gestes de plus en plus impuissants.

    La discussion tourne alors en rond. Les Athéniens s’appuient sur leur force numérique, militaire et stratégique. Les Méliens parlent de chance, d’espoir et de scénarios vagues qui pourraient mener à une victoire de leur part. Les Athéniens trouvent cette attitude bien fautive et avertissent les Méliens de ne pas faire d’erreur en s’appuyant sur ces termes émotionnels, positivistes et aveugles au lieu de se concentrer sur les faits matériels, réels et clairement définis. Les Athéniens réfutent complètement les éléments surnaturels comme l’appel aux oracles. Ils détruisent par le moyen purement rhétorique toutes les bases argumentatives des Méliens qui s’appuient toujours sur une possible intervention lacédémonienne pour leur cause, sur la bonté des dieux et sur la confiance. Ce sont tous des éléments très abstraits et idéalistes. L’impuissance mélienne et l’infériorité rhétorique, se traduisant au début par une suite de questions au lieu d’une élaboration d’arguments diversifiés, se dessine maintenant par le fait que les trois dernières interventions de leur part commencent par le mot «mais» et ne sont que des répliques désespérées pour convaincre les Athéniens d’abandonner une décision qui est depuis longtemps prise et inébranlable. Les Athéniens résument alors l’échange. Ils ont commencé puissamment le dialogue et déterminent également sa fin.

         4. Le destin de Mélos et une courte analyse des choix s’offrant au Méliens suite au dialogue

    En ce qui concerne les options possibles des Méliens, les Athéniens résument celles-ci très bien dans leur dernière intervention orale ou leur plaidoyer final.

    Les Méliens peuvent se laisser influencer par la conception d’honneur en s’appuyant sur des espérances et un possible avenir pour ainsi tenter à battre les forces athéniennes plus nombreuses. Les Athéniens décrivent cette décision comme une erreur n’ayant aucun bon sens et menant à la guerre. La seule force de cette option remplie de faiblesses est donc la préservation de l’honneur.

    L’autre choix, décrit comme la seule issue et l’unique décision raisonnable, serait l’inclinaison devant la puissance des cités grecques et devenant les alliés tributaires d’Athènes tout en conservant en revanche la jouissance de leur sol. Ce serait selon les Athéniens le choix de la sécurité. La seule faiblesse de cette option drastique, mais avantageuse à long terme est donc le court terme menant à une soumission partielle et humiliante.

    Même si les Athéniens sont dans une position dominatrice et cherchent bien sûr à convaincre les Méliens de manière à en tirer profit, il faut dire que cette analyse est nette, réaliste et même honnête. Leurs arguments sont beaucoup plus puissants que ceux des Méliens. Il n’y a que ces deux choix qui s’offrent comme destin aux habitants de la cité de l’île de Mélos.

    5.      Conclusion

    Les magistrats et les notables choisissent pourtant le conflit et la vision athénienne se réalise enfin avec leur victoire et la défaite mélienne accompagnée d’un bain de sang sans nom. Le deuxième choix aurait été humiliant et défaitiste, mais il aurait été le plus sage et aurait pu assurer la survie de la culture mélienne surtout lorsqu’en prend en compte qu’Athènes avait finalement perdu la guerre contre Sparte.

    D’un autre côté, cette victoire athénienne n’avait non seulement rompu avec l’image d’une Athènes civilisée, juste et démocratique qui devint alors barbare, dominatrice et expansionniste, mais elle a aussi déclenché à nouveau les hostilités entre Athènes et Sparte en débutant ainsi le déclin définitif du premier qui finissait par perdre la guerre.

    Les Athéniens avaient donc utilisés des moyens rhétoriques s’appliquant au court terme de leur puissance, mais ces arguments n’étaient plus valides au long terme. En fin de compte, ce conflit sur l’île de Mélos a connu deux perdants: un perdant immédiat et évident ainsi qu’un perdant à long terme.     

                Ce qui en reste à dire est que l’attitude grecque représente à nos jours une idéologie réaliste tandis que la façon argumentée du côté des Méliens lors du dialogue est celle de l’idéalisme. Des conflits semblables se produisent encore à nos jours et se terminent bien souvent comme dans cet exemple historique (par exemple la Seconde Guerre mondiale avec un réalisme mégalomaniaque menant à un irréalisme et à la défaite ultime du Troisième Reich, la guerre de Corée où les deux Corées pensaient pouvoir occuper le territoire complet de la péninsule lorsque leurs forces semblaient être dominantes sans prendre en considération l’intervention de belligérants extérieures ou la troisième guerre du Golfe qui fut théoriquement gagné par les puissances les plus forts menées par les Américains, mais qui a connu un bilan plutôt négatif en fin de compte).

    La conclusion finale qui peut être tirée de l’exemple du dialogue de Mélos et des trois autres exemples brièvement esquissés est que ni le réalisme ni l’idéalisme ne sont garants pour la victoire d’une guerre. L’idéalisme est un concept vague qui ne prend en compte l’aspect de long terme et échoue souvent sur le court terme. Le réalisme est une idéologie gagnante au court terme, mais entraîne une défaite presque certaine au long terme lorsqu’on la poursuit de façon trop poussée.

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire
  •  

    1.      Introduction

    Le présent travail traite le texte «Occidentalism» d’Ian Buruma et Avishai Margalit, publié en janvier 2002 dans le quarante-neuvième volume de «The New York Review of Books». Ian Buruma est un intellectuel européen né à la Haye aux Pays-Bas ayant étudié la littérature chinoise et le cinéma japonais. Avishai Margalit est à son tour un philosophe et universitaire israélien.

    Ce travail sera divisé en trois parties principales. La première traite le lien et même l’entrecroisement que les deux auteurs du texte font entre la haine de l’Occident et le problème de la décadence. Par la suite, ce travail cherche à analyser si les adversaires de l’Occident offrent un véritable modèle alternatif ou s’il ne s’agit que d’une simple critique négative. En troisième et dernière place, cet exposé décrit plus en profondeur le refus de quatre grands phénomènes ou facteurs distinctifs sur lesquels se base la haine de l’Occident. La conclusion finale cherche à comparer le modèle dit occidental avec le modèle antioccidental en amenant une ouverture traitant le développement de ces deux systèmes concurrents depuis la publication du document de base datant du début de la dernière décennie.

    2.      La haine de l’Occident et le problème de la décadence

    Les concepts de la théorie de l’Anti-Occidentalisme et le résultat du problème de la décadence s’entrecroisent à plusieurs moments selon les dires des auteurs Buruma et Avishai. Les extrémistes religieux et idéologiques comme Oussama ben Laden cherchent principalement à purger leur culture de toute influence occidentale. Les termes qu’un nombre respectable de ces personnalités associent à l’Occidentalisme sont parmi tant d’autres des concepts idéologiques comme le matérialisme, le libéralisme ou le capitalisme ainsi que la laxité morale et le terme vague de la décadence. Ces concepts devraient selon les théories antioccidentales, par exemple selon des théoriciens japonais durant la pré-époque et l’époque-même de la Deuxième Guerre mondiale, être défaits par des termes de force: à la base la force de la volonté, de l’esprit et de l’âme, mais plus loin également la force de frappe militaire. La dite décadence des sociétés occidentales est expliquée de manière scientifique et idéologique par la propagande japonaise: les différentes cultures occidentales se sont mélangées et ne sont plus pures ce qui mène selon la propagande à une confusion mentale et une corruption spirituelle.

    On peut donc voir le lien entre la haine de l’Occident et le problème de la décadence comme une conséquence et raison principale prônée à l’appui de la propagande antioccidentale. Il y a également une sorte de dualisme concurrentiel très biaisé à la base de ce lien. D’un côté, il y a un peuple pur, homogène, fidèle aux autorités, très encadré idéologiquement qui cherche à défendre radicalement son intégrité face à l’Occident. De l’autre côté, il y a l’Occident lui-même qui est hétérogène, individualiste, sans âme et très libertin.

    Il faut aussi définir plus clairement le terme de l’Occidentalisme. Pour certains, comme certaines colonies africaines ou les anciens ennemis héréditaires qui étaient les Allemands, le mal de l’Occidentalisme est représenté par la République française. Pour d’autres, c’est le capitalisme américain comme dans le cas de plusieurs peuples asiatiques. Encore pour d’autres, il s’agit du libéralisme anglais dans certaines colonies et dans les pays ayant des idéologies plus gauchistes. Pour d’autres encore, l’Occidentalisme n’est pas une idéologie attribuable à un pays ou régime en particulier, mais à une ethnie ou un peuple en particulier, par exemple les juifs cosmopolites et déracinés selon certains philosophes allemands. Pour d’autres, c’est encore plus vaste et l’Occidentalisme englobe tous ces éléments ou se définit par tous les adeptes de religions étrangères dans le cas des Islamistes. Le terme d’Occident peut donc être très vaste et diversifié, mais l’association de la décadence s’applique étrangement à tous ces cas sans beaucoup de différentiations.

    Voilà quelques définitions encore plus précises sur la décadence: le théoricien anglais Houston Stewart Chamberlain voit non seulement une menace, mais même une judaïsation des sociétés en France, Angleterre et aux États-Unis. Il critique que la citoyenneté est réduite à une valeur politique sans valeurs ni culture. Dans son propre pays, il donne également l’exemple de l’infiltration des peuples noirs obtenant la citoyenneté anglaise. Un autre exemple est la vision suivante: le philosophe allemand Oswald Spengler voit une menace dans toutes les ethnies visiblement étrangères et nomme le «péril jaune» qui asiatise la Russie et la culture africaine et afro-américaine en disant que «la musique de jazz et les danses des nègres sont la musique pour la marche de la mort d’une grande civilisation». Il va même plus loin dans l’exemple de la France qui est selon sa théorie xénophobe menacée par plusieurs cultures étrangères comme les «soldats noirs, les hommes d’affaires polonais et les fermiers espagnols». Pour d’autres, la décadence a un niveau religieux et les villes modernes et hétérogènes à l’exemple de l’Occident sont associées à la déchéance de Sodome et Gomorrhe ou à la tour de Babel. Cette image négative, cette haine de l’Occident a été créée vers le milieu et la fin du dix-neuvième siècle, mais elle existe encore à nos jours. Les cadres et les justifications ont changé pendant les deux siècles, mais le noyau de la décadence a persisté en toutes les théories.

    3.      La haine de l’Occident: critique négative ou modèle alternatif

    La prochaine partie cherche à distinguer si les adversaires de l’Occident ne font que des critiques négatives ou s’ils offrent une véritable alternative. Il y a des alternatives qui sont dominés par un dualisme assez étrange.

    D’un côté, on s’accroche aux valeurs du passé comme la descendance culturelle, la durée de l’histoire du peuple ou la composante spirituelle. Un bon exemple est la conviction d’un professeur japonais à l’Université de Tokyo qui prévoit en 1942 que le Japon sera victorieux sur le matérialisme anglo-américain car le Japon englobe la «culture spirituelle» de l’Est. La théorie raciale dans l’Allemagne nazie se base sur la pureté et prédominance biologique de la race aryenne. Ces valeurs sont souvent assez concrètes, même si ses justifications scientifiques sont douteuses.

    De l’autre côté, les adversaires de l’Occident s’accrochent beaucoup au futur. Ils font des spéculations en se basant sur la stabilité et la grandeur de leur culture dans le passé. La propagande nazie destinait par exemple le Troisième Reich à durer mille ans. Ces valeurs sont donc hautement utopiques et ne peuvent pas être un pilier pour une alternative crédible.

    Il y a aussi le côté abstrait dans les modèles antioccidentaux qui est également plutôt utopiste. Lors de la Deuxième Guerre mondiale par exemple, les Alliés se battaient au nom de la liberté et les Japonais au nom de la paix et de la «justice divine».

    Il est donc encore question de conviction et de propagande. Aux yeux d’un intellectuel occidental, les adversaires de l’Occident offrent des idéologies utopiques fondées sur des visions limitées qui ne sont pas de véritables alternatives. Mais le nombre élevé d’adeptes aux mouvements antioccidentaux depuis plus d’un siècle montrent que ceux-ci ne cessent pas de croire en ces concepts, théories et valeurs et voient en leurs manières de vivre et d’agir non seulement des alternatives réelles, mais bien les seules voies possibles et justifient à leur tour que les cultures et idéologies occidentales sont trop individualistes, hétérogènes et libertins pour persister.

    4.      Le refus de quatre grands phénomènes distinctifs sur lesquels se fonde la haine de l’Occident

    L’Occidentalisme est un ensemble d’images et d’idées pour ses adversaires dont quatre phénomènes principaux reviennent très fréquemment. Ce sont les facteurs de la ville, celui du bourgeois, celui de la raison et enfin celui du féminisme.

    En ce qui concerne le facteur de la ville, celle-ci est souvent associée aux images du commerce, des populations mixtes, de la liberté artistique, de la licence sexuelle, des recherches scientifiques, des loisirs, de la sécurité personnelle, du bien-être et du pouvoir. D’un point de vue religieux radical, les villes sont critiquées comme lieux du pêché, de la décadence sociale et de la mégalomanie. Ici encore, les exemples de Sodome et Gomorrhe et celui de la tour de Babel sont souvent cités. Pour les adversaires de l’Occident qui ne se fondent pas sur la religion, mais par exemple sur l’idéologie socialiste, la ville est un endroit stratégiquement difficile à contrôler et à surveiller qui porte les dangers de l’individualisation de la société autant que de regroupements antigouvernementaux et de rébellions. L’histoire leur donne raison car les villes ont souvent joués un rôle primordial dans la chute d’anciens systèmes politiques et religieux. Les différentes révolutions russes au début du vingtième siècle se sont faites dans les principales villes russes comme Moscou et Petrograd. Le mouvement de révoltes étudiantes de mai 1968 avait commencé à la Sorbonne de Paris. Le printemps arabe a été déclenché par l’immolation du marchand humilié Mohamed Bouazizi dans la petite ville tunisienne de Sidi Bouzid et les réunions de révolutionnaires se sont ensuite étendues aux villes principales qui cherchaient à contrôler ces points stratégiques au plus vite. C’est pour cela que les régimes antioccidentaux glorifient l’image de la vie et de la pureté rurale où ils peuvent mieux contrôler et diriger les masses.

    Le facteur du bourgeois est d’un côté critiqué par les adversaires de l’Occidentalisme car cette classe sociale très importante peut prendre beaucoup de pouvoir et influencer et bouleverser les régimes en place. Pour les Allemands nazis, les juifs prenaient la place des bourgeois et contrôlaient et corrompaient selon leur propagande l’économie mondiale à leur guise. Pour les pays socialistes, la bourgeoisie est l’ennemi principal qui essaie de se mêler des décisions étatiques tout en soumettant les ouvriers à leur cause. Pour les Talibans, les bourgeois vivant dans les villes principales ont plus facilement tendance à entrer en conflit avec leurs valeurs religieuses fondamentalement radicales. Ces bourgeois vont envoyer leurs filles à l’école et leur permettre de ne plus porter le voile et de rencontrer des étrangers. D’un autre côté, le bourgeois individualiste se souciant en premier lieu de sa propre sécurité n’a surtout pas de valeurs honorables selon les adversaires de l’Occident. Ceux-ci glorifient plutôt le sacrifice, par exemple dans le cas des jeunes kamikazes japonais courageux et héroïques qui ont su frapper Pearl Harbor et blesser l’adversaire américain.

    Le facteur de la raison est évidemment plus abstrait. Les adversaires de l’Occident s’opposent à l’idée juive que la science est internationale et que la raison est humaine. La théorie juive précise même que la raison humaine est le meilleur instrument de recherche scientifique. Pour les ennemis de l’Occident pourtant, la science comme chaque chose doit être pénétrée d’un idéal supérieur que ce soit un peuple entier dans le cas des Allemands sous la gouvernance nazie, que ce soit par un leader politique et spirituel en particulier dans le cas des dictatures s’opposant à la démocratie occidentale et prônant plutôt la démocratie populaire ou que ce soit encore une divinité ou figure religieuse importante comme Allah dans le cas des Islamistes.

    Enfin, le facteur non négligeable du féminisme est également largement attaqué par les adversaires de l’Occident. Pour le propagandiste nazi Alfred Rosenberg, l’émancipation des femmes du mouvement de l’émancipation des femmes est nécessaire pour que celles-ci puissent servir quelque chose de plus grand qui est le peuple allemand. Il souligne que l’émancipation des femmes mène à la décadence bourgeoisie. Cette thèse englobe donc deux autres termes qui sont souvent mentionnés par les mouvements antioccidentaux et on peut ici voir à quel point ces différents mouvements se ressemblent et ont une vision plutôt limitée dans laquelle tous les aspects négatifs sont mélangés des manières les plus curieuses. C’est un peu comme dans l’affiche de propagande nazie «Le Juif Éternel» où le juif est visuellement associé au socialisme et au capitalisme en même temps comme s’il s’agissait d’une trinité inséparable des trois éléments. Les Japonais allaient même plus loin et utilisaient les femmes de prisonniers étrangers comme prostituées dans des bordels pour garder leurs propres soldats de bonne humeur. Oussama ben Laden argumente de la même façon que l’Allemagne nazie et souligne que l’émancipation des femmes dépossède la pleine virilité des hommes qui devraient diriger le monde. Presque la totalité des mouvements antioccidentaux avaient donc en commun que les femmes occupaient une place dégradante dans leurs sociétés.

    5.      Conclusion

    Pour en conclure, il y a donc deux visions du monde profondément différentes. Il y a la vision dite occidentale qui prône la liberté individuelle, l’économie de marché libre et la démocratie réelle dans une société hétérogène et très libertine. La vision s’opposant à cette idéologie prône les vieilles valeurs et traditions dans lesquelles l’individu doit se soumettre à un idéal plus grand comme celui de la famille, de la race ou encore celui d’un leader politique ou spirituel dans une société homogène très encadrée. Les deux visions sont nées environ en même temps, par exemple lorsque Karl Marx répondait avec sa théorie du communisme au libéralisme anglais lors de la révolution industrielle. Depuis ce temps-là, les deux visions se sont légèrement modifiées selon les pays, régions et époques, mais elles sont toujours aussi présentes à nos jours. Le véritable dualisme idéologique dans le monde n’était donc pas l’Axe versus les Alliés, le socialisme versus le capitalisme ou le christianisme versus l’islamisme. Ces parties n’étaient que des parties de quelque chose de plus grand qui étaient les idéologies occidentale et antioccidentale.

    À nos jours, ces deux idéologies divisent encore le monde et malgré sa vision restrictive, il ne faut pas sous-estimer la haine de l’Occident à nos jours. Depuis le 11 septembre 2001, d’autres attentats ont suivi dans les métros de Londres et de Madrid. Malgré la chute de certains dictateurs qui étaient souvent même pro-occidentaux sous certaines réserves, les résultats du printemps arabe nous montrent encore aujourd’hui que beaucoup de pays comme la Tunisie préfèrent choisir la voie radicale de l’islamisme plutôt que de coopérer ou s’adapter à l’idéologie occidentale. Ce dualisme est la raison pour laquelle il y a encore beaucoup de poudrières dans le monde qui pourraient exploser n’importe quand que ce soit le conflit entre les pays arabes et l’Israël, que ce soit la résistance imprévue de la Corée du Nord qui garde son stalinisme vivant et fait toujours de la propagande agressive contre les agresseurs occidentaux potentiels vingt ans après la chute de l’Union Soviétique ou que ce soit le renouveau des gouvernements gauchistes en Amérique latine s’opposant à l’influence des États-Unis dans le Nord.

    D’un autre côté, il y a aussi des tendances positives en lien avec la mondialisation. Des régimes fermés comme la Chine communiste s’ouvrent jusqu’à un certain degré à l’Occidentalisme et beaucoup d’anciens ennemies de cette idéologie comme l’Allemagne nazie ou l’Empire du Japon ont changé de cap et jouent aujourd’hui des rôles primordiaux dans le camp des pays dits occidentaux.

    Après tout, ces tendances d’assimilation à l’Occidentalisme ou de dé-radicalisation des anciennes idéologies antioccidentales sont trop peu pour désamorcer le conflit toujours persistant entre les deux camps. Vu que les États-Unis connaissent véritablement un déclin, une «décadence» selon les propagandistes antioccidentaux, sur le plan social et surtout économique et vu que l’Europe subit également des difficultés économiques accentuées en ce moment, cela ne fera que motiver et justifier les mouvements antioccidentaux. Ainsi, ce dualisme s’affrontera et se radicalisera de nouveau car les deux côtés cherchent désespérément à survivre et vaincre l’autre partie.

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique